L'année 20009 et la crise financière ont encore accéléré l'aggravation du décrochage entre travail et morale : le travail ne paie plus, il est mal organisé, mal géré, mal rémunéré.
Une élite bénéficie de revenus outrageusement élevés, obtenus par la maitrise souvent dés l'enfance d'un capital social et financier qui ne fait que s'accumuler depuis les écoles privées jusqu'aux stages dans les grandes entreprises internationales, en passant par les orientations astucieuses, les séjours linguistiques, les années d'études à l'étranger et la pratique de réseaux sociaux structurés et coûteux.
Le reste de la population galère, entre boulots précaires pour les moins reconnus, CDI enfin pour les plus chanceux, sous la pression permanente de la déqualification sociale du chômage. Car, après la sélection sociale de l'enfance, il y a la sélection économique du chômage : retrouver un emploi stable et de qualité après un licenciement devient de plus en plus une gageure, quand la mobilité est partout vantée mais que les recrutements se font d'abord au bénéfice de ceux qui sont déjà en emploi.
Car elle est là la véritable déchirure du contrat social : celui qui veut travailler, celui qui est prêt à s'investir dans un projet collectif économique non seulement est mal rémunéré, mais se retrouve aussi pris en otage d'une tension insupportable tant sur les résultats que sur les méthodes :
- tension sur les résultats car la pression d'une rentabilité financière croissante oblige de facto non pas à faire bien mais à faire mieux en permanence,
- tension sur les méthodes de travail car des responsables payés aux résultats, voire virés aux résultats, ne développent pas la compétence managériale et la motivation.
La capacité à dégager des marges supplémentaires chaque année est une arnaque économique : l'innovation seule permet des sauts qualitatifs significatifs en matière de résultats et c'est une stratégie d'investissement de moyen terme, pas de résultats trimestriels.
De la même manière, le management par le seul résultat économique occulte la nécessité d'investir sur les compétences, la motivation, la fidélisation. Au contraire, il développe la culture du "petit chef" celui qui abuse de son autorité et croit que la fin justifie les moyens.
Le divorce entre travail et société devient alors complet : le travail n'ennoblit plus l'être humain, ne lui permet plus de participer à un projet social, il en fait au mieux un exécutant hypocrite prêt à toutes les compromissions pour gagner un emploi ou le garder, au pire un complice actif d'une exploitation au bénéfice de quelques privilégiés. Et ceux qui résistent fuient, dans la baisse délibérée de moyens de vie pour certains, dans la maladie mentale voire le suicide pour d'autres.
Cette généralisation de conditions de travail dégradées modélise une société de moins en moins participative et de plus en plus disloquée : comme je ne gagne rien à jouer collectif, je joue perso, au mieux je sauve ma peau, au pire je profite d'un rapport de forces qui m'est favorable et tant pis pour les autres.
Année 2009 : chômage massif, blocage des rémunérations des salariés, flambée des rémunérations des dirigeants, schizophrénie des cadres, la qualité de notre production va dans le mur.
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