Les grandes villes concentrent les fonctions intellectuelles, de gestion et de décision
Cyrille Van Puymbroeck, pôle Synthèses locales et Robert Reynard, direction régionale de Rhône-Alpes, Insee Les fonctions exercées à Paris, dans les capitales régionales, dans les petites villes ou dans l’espace rural ne sont pas les mêmes.
En 2006, les fonctions liées aux prestations intellectuelles, à la conception-recherche, au commerce inter-entreprises, à la gestion ou à la culture et aux loisirs représentent un quart de l’emploi national, contre un cinquième en 1982. Elles restent très concentrées dans la capitale, mais se développent dans les métropoles régionales.
Les cadres occupant ces fonctions, dites « métropolitaines », travaillent essentiellement à Paris, malgré un rééquilibrage récent au profit des grandes villes de province. La présence de cadres des fonctions métropolitaines est un indicateur du rayonnement des grandes villes. Ainsi, Paris (avec 18 % de ses emplois en 2006),Grenoble et Toulouse (14 %) sont en première position de ce classement.
Par ailleurs, les fonctions destinées à fournir des services à la population (santé-social, éducation-formation, administration publique, distribution, services de proximité) représentent 42 % de l’emploi, contre 31 % en 1982. Elles se développent de façon uniforme sur le territoire, en fonction de la présence de la population.
Enfin, parmi les fonctions de production concrète, il n’y a pas que les emplois agricoles qui se localisent à l’écart des villes. Le bâtiment et les travaux publics ainsi que la fabrication sont également concernés. Le nombre d’emplois relevant de ces fonctions est en forte baisse.
La répartition des professions en quinze grandes fonctions permet de compléter l’approche classique de l’emploi par secteur d’activité.Les professions liées aux services à la population,relevant de l’économie dite « présentielle », et les fonctions dites « abstraites », telles que la conception-recherche ou les prestations intellectuelles,se développent simultanément. En revanche, les fonctions de « production concrète» déclinent. Les processus de production se complexifient, les relations entre industrie et services s’intensifient, les entreprises se diversifient et externalisent.
La localisation de ces fonctions sur le territoire et leurs évolutions permettent de comprendre et d’anticiper les mutations économiques. Ce ne sont pas les mêmes fonctions qui se localisent à Paris, dans les grandes villes de province, dans les plus petites villes ou dans l’espace rural.
Cinq fonctions concentrées dans les aires urbaines
Un quart des emplois nationaux appartiennent aux fonctions de gestion, de conception-recherche,de prestations intellectuelles, de commerce inter-entreprises et de culture-loisirs.
Dans l’aire urbaine (définitions) de Paris, leur proportion atteint 37 %, contre 14 % hors aires urbaines.Le nombre d’emplois relevant de ces cinq fonctions décroît proportionnellement à la taille des aires urbaines et atteint un plancher dans l’espace rural (tableau 1).Ces fonctions sont qualifiées de « métropolitaines », c’est-à-dire propres aux villes.
Quelques éléments caractéristiques des grandes villes expliquent en partie la localisation de ces fonctions dans les agglomérations : densité des réseaux de transport, taille du bassin d’emploi, présence de services rares et de main-d’oeuvre qualifiée.
Entre 1982 et 2006, la répartition géographique des fonctions métropolitaines se rééquilibre au profit des grandes villes de province, essentiellement dans les aires urbaines de plus de 200 000 emplois.
Ceci est assez net pour la conception-recherche, mais ne suffit pas à remettre en cause la prédominance de la capitale.
Les cadres des fonctions métropolitaines : essentiellement à Paris
Au sein des cinq fonctions métropolitaines,les cadres, les professions intellectuelles et les chefs d’entreprise représentent 37 %des emplois, qualifiés de cadres des fonctions métropolitaines.Entre 1982 et 2006, le nombre de ces emplois a doublé : 1,1 million en 1982,contre 2,3 millions en 2006. Leur part progresse de façon régulière : de 5,2 % en 1982 à 9,1 % en 2006.
Dans l’aire urbaine de Paris, ils sont plus du double de la moyenne nationale (18,3 %), soit 1 million d’emplois sur les 2,3 millions au niveau national (tableau 2). La part des cadres des fonctions métropolitaines est un indicateur de l’insertion des villes dans l’économie de la connaissance et de leur rayonnement décisionnel.
Même si Paris maintient sa prédominance, les cadres des fonctions métropolitaines augmentent au sein des treize aires urbaines de plus de 200 000 emplois : + 5 points entre 1982 et 2006, soit 10,5 % de l’emploi en 2006.
Une déconcentration au profit des métropoles régionales
Toutes les aires urbaines de plus de 200 000 emplois ne sont pas concernées de la même manière par ce rééquilibrage des cadres des fonctions métropolitaines. Ces emplois voient leur importance s’accroître particulièrement dans les aires urbaines de Toulouse, Grenoble, Rennes et Lyon, et plus modérément à Rouen et à Toulon (graphique).
Au sein des aires urbaines de taille moyenne, leur part augmente également, mais de façon plus limitée.
Le haut et le bas du classement des aires urbaines selon la proportion de cadres des fonctions métropolitaines ne connaissent pas de bouleversements majeurs entre 1982 et 2006.
En revanche, en milieu de classement, à l’ouest de la France, certaines capitales régionales, telles que Nantes, Rennes et Caen, et des villes de plus petite taille, comme Le Mans, Brest, Vannes, La Rochelle et La Roche-sur-Yon ont amélioré leur position.
En termes d’effectifs, Lyon se situe au deuxième rang, avec 98 000 emplois en 2006 (tableau 2). C’est essentiellement dans les aires urbaines de plus de 200 000 emplois que la part des cadres des fonctions métropolitaines dépasse les 10 % : Grenoble (14 % des emplois en 2006), Toulouse (13,7 %) et Lyon (12,1 %), devant Montpellier, Nantes, Strasbourg et Rennes (entre 10 et 11 %).
Aires urbaines de plus de 200 000 emplois et forte proportion de cadres des fonctions métropolitaines ne vont pas forcément de pair : à Rouen et Toulon, les cadres ne représentent que 7 % et 5,5 % des emplois. C’est également le cas de Douai-Lens, Valenciennes,Béthune.
À l’inverse, dans certaines villes moins bien pourvues en emplois, la part des cadres des fonctions métropolitaines est élevée. C’est le cas de certaines villes moyennes, comme Niort et de plusieurs villes de la région Rhône-Alpes (Annecy, Chambéry, Valence).
La répartition par fonctions des cadres des fonctions métropolitaines traduit des spécificités locales C’est souvent la fonction gestion qui est prédominante dans les aires urbaines bien dotées en cadres des fonctions métropolitaines. C’est le cas à Paris, Lyon, Nantes et Strasbourg : signe de la présence de sièges sociaux ou d’administrations d’entreprises, mais également d’activités financières, de banques ou d’assurances, comme à Niort, où la gestion représente 57 % des cadres des fonctions métropolitaines.
Le commerce inter-entreprises atteint son maximum à Lyon, avec 17 % de ces emplois, tandis que la fonction culture-loisirs est particulièrement bien implantée à Paris et Montpellier.
La conception-recherche est très présente à Grenoble (45 %) et Toulouse (40 %), beaucoup plus qu’à Nice et Montpellier (29 % chacune).
Les professions au service de la population : une répartition uniforme sur le territoire
La distribution, les services de proximité, la santé et le social, l’éducation et la formation, fonctions dites « présentielles », sont réparties de façon uniforme sur le territoire, proportionnellement à la population.
L’administration publique est un peu plus concentrée, du fait de la localisation des services de l’État dans leschefs-lieux de région et de département.
Enfin, on observe également une localisation uniforme pour la logistique et les transports et, dans une certaine mesure,pour l’entretien-réparation, qui tend cependant à s’installer plutôt en province.
Les fonctions de production concrète s’éloignent des villes
Il n’y a pas que les emplois agricoles qui sont localisés loin des villes : la fabrication, le bâtiment et les travaux publics s’éloignent peu à peu des grandes aires urbaines.
La fabrication représente 7 % des emplois dans l’aire urbaine de Paris, contre 14 % hors aires urbaines.
Cette localisation hors des aires urbaines s’accentue avec les années : entre 1982 et2006, pour la fabrication, les pertes d’emploi atteignent 43 % dans l’aire urbaine de Paris, contre 23 % hors des aires urbaines.
La fabrication et le bâtiment désertent également les grandes capitales régionales.
Les professions liées à la fabrication ne nécessitent pas la proximité des grandes villes. Le prix de l’immobilier, du foncier, et le faible niveau de qualification de la main-d’oeuvre recherchée incitent les entreprises de ce secteur à se localiser à l’écart des grands pôles urbains (définitions), sous condition d’une desserte adéquate en réseau de transports de marchandises.
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