Bertrand Monthubert, Secrétaire national à l’enseignement supérieur et à la recherche.
Depuis plusieurs jours, une polémique surjouée par Valérie Pécresse l’oppose à la Conférence des Grandes Ecoles au sujet de l’accueil des élèves boursiers. Ce débat délibérément mal posé cache les véritables enjeux de la démocratisation de ces écoles, mais plus généralement des filières longues et prestigieuses de l’enseignement supérieur.
Evidemment, l’affirmation par la CGE que l’ouverture des grandes écoles à plus de boursiers entraînerait une baisse de niveau est lamentable : c’est à la fois une absurdité pédagogique et le signe qu’il faut encore faire violence à des conservatismes archaïques dans notre société. Mais ne soyons pas dupes : la proposition de Valérie Pécresse de fixer un objectif de 30% d’étudiants boursiers dans ces écoles n’est qu’un trompe-l’œil.
Fidèle à la politique du chiffre que le gouvernement met en œuvre dans tous les domaines, la Ministre met en avant un indicateur partiel et partial qu’elle peut manipuler à sa guise. Elle a par exemple annoncé récemment que le taux de boursiers en classes préparatoires avait fait un bond de 23% à 30%. Certes, mais les boursiers les plus modestes - touchant une bourse d’échelon 4 à 6 - y sont toujours aussi faiblement représentés. Ce sont les boursiers d’échelon 0 - simplement exonérés des frais d’inscription – qui ont vu leur nombre augmenter. L’incidence sur la composition sociale des effectifs de ces établissements a donc été minime.
On peut débattre sans fin de la forme des concours, de quotas divers et variés. Cela a son importance car il faut s’attaquer à tout ce qui favorise la reproduction sociale. Mais en focalisant le débat sur quelques aspects du problème, Valérie Pécresse élude les véritables questions qui touchent l’école et l’enseignement supérieur.
Car la réalité est sévère : la destinée sociale d’un élève puis d’un étudiant reste déterminée par l’origine sociale de ses parents. Un rapport du Sénat publié en 2007 rappelait que si 21% des enfants d’enseignants ou de père exerçant une profession libérale accèdent aux grandes écoles, la proportion est de 0,8% pour les enfants d’ouvriers non qualifiés, de 1% pour les enfants d’ouvriers qualifiés et de moins de 4% pour les enfants d’employés



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