Les incidents qui ont eu lieu en fin d'année dernière au lycée Joliot-Curie ce matin et le malaise des enseignants, des parents et des élus face à l'incapacité de gérer les relations, souvent difficiles,avec des adolescents sans arriver à l'affrontement posent un vrai problème de société :
- faut-il exclure des élèves dont le comportement perturbe le fonctionnement d'un établissement et qui en s'y sentent manifestement pas bien ?
- Les médiations doivent-elles uniquement avoir lieu à l'intérieur de l'Education Nationale alors même que ce type de comportement traduit très souvent un rapport conflictuel à l'institution, en particulier quand non seulement le dialogue avec les élèves mais aussi avec les parents, est impossible ?
- à quel moment bascule-t-on d'un comportement de type insolence ou provocation à un comportement qui met en danger les personnels et relève alors du droit commun de la justice ?
Deux questions se posent :
- quelles démarches doivent être entreprises avant d'arriver à une décision d'expulsion d'un élève et par qui ? La réponse actuelle 'appuie uniquement sur la communauté éducative qui du coup, conserve ou éjecte selon ses seuls critères sans s'entourer des compétences externes et des médiations qui pourraient poser le problème autrement, dans un autre cadre en s'appuyant en particulier sur d'autres intervenants (personnels sociaux, psychologue; éducateurs association parents d'élèves...) qui peuvent avoir une position non engagée et mieux entendre ainsi les points de vue des parties prenantes, l'école, l'élève et sa famille ;
- comment se fait-il qu'un élève qui devient violent voire menaçant, publiquement, à la fin d'un conseil de discipline d'exclusion, ne fasse pas l'objet immédiatement d'un RV avec sa famille pour lui demander de se calmer, éventuellement de s'excuser afin de pouvoir travailler avec lui à un projet positif ?
La place de la justice dans les conflits est normal quand les conflits dépassent la capacité des deux parties de conciliation : par contre, cette justice doit être une justice de médiation, d'éducation, pas une simple répression pénale telle que le gouvernement de N Sarkozy essaie de la faire progressivement devenir. Un jeune qui met en péril autrui, c'est aussi un jeune lui-même en péril.
La justice reste le dernier recours quand les mots ou les actes mettent en péril la sécurité d'autrui, ce qui est le cas quand on menace de faire "cramer" un bâtiment public qui est aussi le logement d'un certain nombre de personnels. Et il y a une très forte ambigüité dans les discours syndicaux ou politiques, avec des adultes qui trouvent les jeunes assez matures pour s'impliquer politiquement dans l'avenir de l'éducation mais pas assez pour assumer la responsabilité de leurs propos et de leurs actes, sous réserve que cette responsabilité soit proportionnée à leur âge et ait un objectif éducatif..
Il est facile aujourd'hui de critiquer le dépôt de plainte du proviseur, encore faudrait-il se poser la question de savoir ce qu'ont fait les autres membres adultes du conseil de discipline - parents, enseignants- après la décision ) laquelle ils avaient participé et devant la violence des propos tenus : quel rôle pédagogique ou de médiation ont-ils joué ou tenter de jouer après l'incident pour calmer le jeu et éviter l'emballement ? Quel appui ont-ils apporté aux personnels résident dans l'établissement et commençant les vacances de Noël avec une telle menace au-dessus de leur tête ? Quelle intervention auprès des parents du jeune exclu pour les aider à trouver des solutions ou faire un éventuel recours auprès du rectorat ?
Il est indispensable de revoir les procédures d'exclusion, de plus en plus nombreuses, qui traduisent un échec de la capacité de notre société à dialoguer avec des jeunes et avec leurs familles. L'Education nationale ne peut continuer à fonctionner enfermée dans ses règles où celui qui transgresse les certitudes doit être exclu et non faire l'objet d'accompagnement, de propositions innovantes.
Les mouvements lycéens montrent à la fois à quel point les jeunes ont conscience de la nécessité de leur éducation mais aussi l'insatisfaction profonde devant les modes d'organisation pédagogique qui leur sont proposés : faire appel à leur initiative, à leur créativité, à leur curiosité pour leur donner envie d'apprendre serait certainement plus efficace qu'exclure ceux qui se mettent en travers des règles et finissent par déverser leurs frustrations sur des personnels qui se transforment en boucs émissaires.



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