Il y a quelque chose d’indécent dans ce refus du débat qui traverse notre démocratie :
- oui, il est normal de se poser des questions quand on a à prendre une décision politique, même s’il n’est pas nécessaire de la mettre en scène médiatiquement ;
- oui, il est sain de débattre dans un parti politique et de ne pas laisser des « chefs » décider ; un parti doit être une école de citoyenneté, pas une armée d’exécutants ;
- oui, enfin, il est indispensable de confronter, s’informer, d’avoir la liberté d’évoluer ; car à quoi sert le débat si les positions sont figées dés le moment où on ouvre la bouche.
Ceci dit, parmi tous les arguments exprimés, certains sont utiles au débat, d’autres ne visent qu’à agiter les peurs, renforcer les replis identitaires, renvoyer encore le citoyen à son impuissance face à la mondialisation.
Il est important de parler de ce qui est écrit dans les 300 pages du document sur lequel nous devons donner notre avis, il est incorrect de faire croire qu’il s’agit d’une Constitution, Ce n’est pas un accord entre des personnes, il s’agit d’un traité, ratifié par des Etats. Le traité doit d’ailleurs être signé par les chefs d’Etat à Rome le 29 octobre 2004 avant d’être ratifié par les parlements ou par des referendums nationaux. Voici donc l’adresse du site sur lequel vous pouvez vous informer en direct.
http://europa.eu.int/futurum/eu_constitution_fr.htm
Il est nécessaire de veiller à ce que ce traité constitutionnel, qui donne plus de pouvoirs au parlement et au peuple européen, préserve bien la capacité d’avoir une alternative politique de droite ou de gauche. Il est erroné historiquement et techniquement de considérer que le terme « concurrence » est d’essence libérale ; l’opposé de ce mot, c’est « monopole », monopole public ou monopole privé, et, à titre personnel, j’ai très peur des monopoles car ils sont toujours nuisibles à l’innovation et aux libertés individuelles. Une politique de la concurrence de droite ou une politique de gauche ne mettent pas les mêmes actes derrière les mots, elles peuvent avoir le même principe républicain (et plutôt de gauche) de refuser les positions dominantes. Vous trouverez ci-dessous un rapport sur concurrence et citoyen qui permet de se poser les questions sur les mots à partir de leur interprétation dans les actes.
http://europa.eu.int/comm/competition/publications/competition_policy_and_the_citizen/fr.pdf
Il est certain que la définition des services publics à la française, rebaptisés services d’intérêt général dans le livre blanc européen qui les a consacrés, ne font pas l’unanimité dans la gauche européenne, y compris dans des pays qui ont une social-démocratie plus efficace que la notre (pays nordiques où la concurrence est forte, la protection sociale efficace et le chômage faible). Allez voir le livre blanc sur les services d’intérêt général, préparé à une époque où la commission était plutôt de gauche… puisque cela varie selon la majorité des différents pays membres.
http://europa.eu.int/eur-lex/fr/com/wpr/2004/com2004_0374fr01.pdf
Enfin il est indispensable de savoir pourquoi ou pour qui on vote oui ou non, mais il est absurde de se poser la question de savoir avec qui on va se retrouver en France. La construction européenne n’est pas un enjeu interne mais d’abord un enjeu de la lutte contre la mondialisation financière et la domination par la force : les peuples européens, en acceptant ce traité, continuent-ils à construire un contre-pouvoir à la domination russo-américaine il y a soixante ans, américaine aujourd’hui, ou bien, en restant sous l’égide du traité de Nice et en essayant de retrouver un consensus, restent-ils enfermés dans des règles qui les condamnent au plus petit commun dénominateur ?
En ce qui me concerne, je voterai oui au referendum interne du PS : parce que je veux l’Europe des peuples, même à petits pas, parce que j’en ai assez d’élire des députés européens qui ne pèsent pas sur les politiques européennes, parce que je ne veux pas laisser l’Europe à mi-parcours, gigantesque marché qui serait sans politique industrielle, de défense, de transports ou d’indépendance.
Historiquement, nous sommes passés des féodalités aux pays (en Italie ou en Allemagne, cela date d’à peine un siècle). Aujourd’hui, nous tentons de construire un espace de droit dans un monde de plus en plus brutal.
Nous avons la chance de faire partie des pays les plus riches du monde, la majorité qui nous gouverne considère que cette richesse doit se concentrer entre les mains de quelques-uns et non être équitablement répartis. Du coup, la nécessaire redistribution des richesses à l’échelle de l’Europe se fait entièrement aux dépens des plus vulnérables de notre pays. Ce n’est pas d’une autre Europe dont nous avons besoin, celle qui existe se construit lentement mais sûrement dans le sens de la solidarité et du droit, c’est d’une autre politique nationale que celle de l’équipe Chirac-Raffarin-Sarkozy.
Les commentaires récents