Il vaut mieux être un thon rouge qu'un boudhiste tibétain
Il y a un silence assourdissant autour de la situation non seulement politique mais aussi culturelle au Tibet. Alors que des associations manifestent pour sauver le thon rouge, espèce menacée, que les parlements légifèrent doctement à ce sujet, que des conférence mondiales se déroulent sur la préservation de ce poisson, l'être humain, sa culture, son histoire reste une espèce non protégée.
Sur tous les continents, les peuples qui ont eu le malheur de vivre dans des terres riches en matières premières, en énergie et qui n'ont pas su les défendre les armes à la main ont vu leur culture détruite en même temps que leurs traditions de paix car, souvent, s'il n'ont pas été capables de se défendre, c'est parce que leur culture intégrait des principes de non-violence.
Le Tibet en est un exemple, majeur : culture très ancienne, qui a irrigué toutes les civilisations et qui continue à être un lieu ressource à l'échelle du monde, territoire enclavé bourré de matières premières, tradition bouddhiste de la non-violence, tous les ingrédients sont là pour en faire les victimes de prédateurs, prédateurs chinois qui restent enfermés dans leur tradition de domination totale mais aussi prédateurs occidentaux, ceux qui préfèrent se taire pour ne pas rater des affaires... juteuses
Les organisateurs des JO savaient que ce débat aurait lieu lorsqu'ils ont choisi Pékin : pourquoi n'ont-ils pas prévu des conditions, des mesures de représailles ? Au nom du sacro-saint principe diplomatique qui veut que chacun est maitre chez soi ? Alors les Allemands auraient eu le droit d'exterminer les juifs comme les Russes se donnent le droit d'exterminer les Tchétchènes, les Rwandais de se massacrer entre eux, les Israéliens et les Palestiniens de prendre des générations d'enfants en otage de leur haine réciproque et de leur intolérance ?
Les deux dernières guerres mondiale, qui suscite tant de trémolos dans
la voie de notre omniprésent président, avaient pourtant tellement
traumatisé la génération qui y a participé qu'elle a inventé la société
des nations, puis l'ONU, le tribunal pénal international, et tant
d'autres institutions destinées à prendre en compte la solidarité des
êtres humains face à un bine si précieux : la paix, le droit de
pratiquer librement sa religion, d'élever ses enfants, de se souvenir
ed ses grands-parents sans risquer à chaque fois la mort ou la prison.
L'ensemble des athlètes explique en cœur qu'ils ont travaillé pour ces
jeux et qu'on ne peut pas les en priver. C'est vrai qu'entre priver des
athlètes de jeux olympique et priver définitivement le monde de la
culture tibétain....Mais la vraie question n'est pas de boycotter mais
de profiter de l'obligation faite à la Chine de s'ouvrir pour utiliser
toutes les opportunités pour se faire entendre, pour les faire entendre.
Alors,
si vous pensez que la préservation de la culture tibétaine est au moins
aussi importante que ce que vous mettez dans votre assiette, les
médailles des athlètes et le spectacle grand business qui l'entoure, signez les pétitions,
affichez sur vos blogs le drapeau tibétain et manifestez-vous à chaque
occasion, non pas en boycottant les jeux mais en boycottant les
produits Made in China, en boycottant les gadgets Made in JO, qui font
que nos dirigeants européens sont si frileux.
Informez-vous sur Tibet Info
et participez aux manifestations prévues à l'échelle mondiale le 31
mars et à Londres et Paris les 6 et 7 avril, au passage de la flamme
olympique


J'aime bien votre article "Il vaut mieux être un thon rouge qu'un bouddhiste tibétain". Toutes les valeurs, en effet, ne sont pas sur le même plan. Elles devraient être hiérarchisées, pour que le secondaire ne transcende pas le principal : que la compétition sportive du moment, si bien préparée soit-elle, ne brade pas l'idéal olympique, qui, s'il n'avait pas été bafoué par le CIO lui-même, aurait empêché la tenue des Jeux à Pékin. Toutefois, je suis gêné par votre phrase "les peuples (...) qui n'ont pas su les défendre les armes à la main ont vu leur culture détruite en même temps que leurs traditions de paix". Elle tend à accréditer l'idée que la violence est plus efficace que la non-violence. Quand on voit le grand capital de sympathie dont les Tibétains jouïssent en Occident, on constate le contraire. Maintenant, il faudra bien que la mobilisation de l'Occident soit constante pour porter des fruits et là, ce n'est pas gagné, en effet.
Rédigé par: Christophe Coeckelbergh | le mercredi 09 avr. 2008 à 10h48
Ben, si j'avais lu votre article une journée plus tôt, j'aurais pu le citer dans le mien.
Il faut effectivement ne plus acheter de produits "Made in China". Ca va être difficile, parce qu'il y en a partout, mais c'est faisable.
Rédigé par: Didier B | le mardi 25 mars 2008 à 17h02