Grenelle de l'insertion : une dynamique qui s'enferre
Je représente l'Association des Régions de France sur les enjeux de formation professionnelle et, en particulier, au Grenelle de l'insertion.
Il y a 3 groupes : la gouvernance (coordination et responsabilité en français), la mobilisation des employeurs et les parcours. Nous nous réunissons autour d'une gigantesque table rue de Ségur, au Haut Commissariat aux solidarités actives une journée entière par mois depuis décembre afin d'aboutir à des propositions fin mai.
Je participe au 1er groupe et mes collègues à d'autres groupes. En parallèle se déroulent des grenelles locaux dont nous n'avons toujours pas compris sur quels critères ils étaient organisés mais bon : nous sommes des élus locaux, nous venons plus pour écouter les réflexions des grands réseaux de solidarités et les partenaires sociaux que pour parler et notre seul objectif, c'est une meilleure efficacité des politiques publiques et une diminution de l'exclusion et de la grande pauvreté qui frappent de plus en plus de nos concitoyens.
Normalement, les 4 premières séances devraient être consacrées à des auditions et des approfondissements, les deux suivantes à formuler des propositions. Une méthode participative qui semblait sympathique sauf qu'il n'y a pas de démocratie participative quand il n'y a pas de supports de préparation de réunion et de conclusions partagées.
Bilan de cette 4e journée : des exposés laborieux pour justifier la mise en oeuvre du RSA - revenu de solidarité active, bonus pour travailleurs pauvres précaires - dés la rentrée alors qu'il est en pleine évaluation et qu'il n'y a encore aucune retour et pour cause, les délais sont trop courts - et la présentation, sous forme de messages codés, des difficultés de la direction de la sécurité sociale à construire des indicateurs des politiques publiques d'inclusion, avouant à la 38e diapo que ces indicateurs ne concernerait que l'action de l'Etat et que, comme l'essentiel était géré au niveau décentralisé, cela n'allait pas nous être très utile.
Une intervention salvatrice néanmoins, la présentation de la dynamique structurée et structurante de la maison de l'emploi, de l'insertion et de la formation de Rennes qui prouvait, s'il en était besoin, qu'il suffit souvent de donner aux acteurs un cadre pour se rencontrer et travailler ensemble pour qu'ils s'y mettent avec énergie et efficacité. Puis un exposé très documenté sur l'organisation allemande.
Le comble du désespoir des participants a été atteint par la
distribution d'un document censé être la synthèse des contributions
-mais qui ne prenaient en compte aucune des nombreuses et copieuses
auditions réalisées - et ne permettant pas d'être un support de débat
car la formulation même des fiches est à la limite du compréhensible
et reflète des vracs de bons sentiments sans s'appuyer, ni sur
l'existant, si sur les possibles, ni sur leurs conséquences en termes
de types de décision ou de moyens.
Si l'on a pu constater que le
Grenelle de l'environnement, même sil n'a pas encore débouché sur de
véritables dispositions législatives à la mesure des enjeux, a au moins
permis par la large mobilisation d'acteurs qu'il a impliqué une prise
de conscience, force est de constater que le Grenelle de l'insertion
ressemble à un cercle d'experts fonctionnant en cercle fermé, sans
rayonnement, avec pour seul support un site participatif ou chacun
s'exprime comme il veut ou comme il peut et où, à aucun moment, Martin
Hirch ne fixe les cadres des réformes législatives dans lesquelles il
veut construire un espace.
Il est en train de passer à côté de
celle sur la modernisation de l'économie (je n'y peux rien, elle
s'appelle comme cela) qui aurait pu contenir des dispositions pour
pénaliser le temps partiel subi ou l'abus de contrats précaires, a
généralisation du RSA, qui va coûter très cher à un moment où l'Etat
n'a plus un rond, parait sacrément compromise et nous sommes quelques
uns à essayer de faire désespérément le lien avec Le groupe de concertation multipartite sur la réforme de la formation professionnelle auquel nous participons aussi
Téléchargement groupe_multipartite_formation.pdf
Bilan : on est cinquante assis autour de cette table, on cause peu,
on écoute beaucoup, on s'ennuie pas mal et, à la 4e réunion , on n'a
toujours pas compris à quoi on allait vraiment servir.
Pourtant on
est tous toujours là, car, pour nous l'exclusion c'est un problème à
traiter tous les jours, et vite, un puit sans fond dans lequel se
noient des gens qui vivent près de chez nous, on travaillé, ont des
enfants, pas juste un sujet de débats et de statistiques.


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