Lutte contre l'illettrisme : ne pas se tromper de combat
Il y a un large consensus autour de la lutte contre l'illettrisme : il est évident que la maitrise de la lecture, de l'écriture et des règles de calcul de base font partie intégrante de l'autonomie sociale et professionnelle dans la société d'aujourd'hui.
Pendant longtemps, ce sujet a été traité par la politique de l'autruche : au pays de Jules Ferry, les seuls illettrés étaient les très vieux et ceux qui venaient d'ailleurs. D'où aucune étude sérieuse et un certain nombre de clichés - les jeunes sont de moins en moins biens formés, les étrangers sont illettrés, il faut des cours pour les femmes qui ne travaillent pas, les illettrés sont majoritairement dans les zones urbaines sensibles - clichés qui ne résistent pas à l'analyse réalisée par l'INSEE pour le compte de l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme.
Il y a en France un peu plus de 3 millions de personnes en situation d'illettrisme soit 9% de la population active qui ont suivi un cursus scolaire d'au moins 10 ans mais ne maitrisent plus les savoirs de base.
- Ce sont majoritairement des hommes (60%)
- 10% seulement des personnes illettrées vivent dans les zones urbaines sensibles, près de 50% habitent dans des zones rurales ou peu peuplées, mais 18% des personnes vivant dans les zones urbaines sensibles sont illettrées.
- 11% seulement des personnes illettrées sont au chômage, les autres travaillent ou sont à la retraite mais 15% des demandeurs d'emploi sont illettrés
- 5% des personnes illettrées sont des bénéficiaires du RMI, amis 25% des bénéficiaires du RMI sont illettrés
- 5% seulement des jeunes sont illettrés mais 15% des 45-65 ans, la majorité des personnes illettrées a plus de 45 ans.
Si l'on ramène ces chiffres à l'échelle d'une ville comme Nanterre (à la louche), environ 3 000 actifs (37 000 16-65 ans à Nanterre) sont en situation d'illettrisme :
- 1 500 ont plus de 45 ans et 500 entre 16 et 25 ans
- 1 800 sont des hommes et 1 200 des femmes
- 2 500 ont un emploi et 500 sont au chômage (chiffre adapté au taux de chômage)
Or, si, à Nanterre, les Centres sociaux, la Mission locale et le Plan local pour l'insertion et l'Emploi font un véritable travail de détection et de suivi des personnes illettrées qui ne travaillent pas, sur lequel il faudrait construire des indicateurs consolidés plus précis,
- Qu'en est-il de tous ceux qui travaillent ?
- Ont-ils une formations sur leur lieu de travail ?
- Quels seraient les horaires sur lesquels mettent en place des cours accessibles et attractifs car ce n'est pas si facile d'avouer qu'on ne sait ni lire ni écrire ?
- Que se passent-ils dans ces familles pour le suivi scolaire des enfants ?
- Comment les identifier, les contacter ?
Car la lecture c'est comme la marche à pied : moins on l'exerce, plus on a de difficultés.
Comme
tous les problèmes complexes, il n'y a pas une solution miracle mais
une multitude d'initiatives à coordonner pour faciliter l'insertion
dans la vie sociale, redonner l'envie d'apprendre, trouver les moyens,
les méthodes pour rendre ces apprentissages faciles et pratique. Un
vrai sujet de campagne électorale dans toutes les communes et tous les
départements... un vrai sujet dont personne ne parle.


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